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Feelobject, l’impression 3D au secours de la canne blanche

Céline Favy-Huin travaillait dans un service de ressources humaines. Frustrée par les limitations d’embauche dont étaient victimes les personnes en situation de handicap, elle a décidé de fonder Feel object avec son mari Sylvain, ingénieur. Avec un troisième associé, Pascal Garrin, ils ont conçu Virtuoz, un plan tactile et interactif, imprimé en 3D, qui permet aux déficients visuels de retrouver leur autonomie. Elle revient sur cette aventure humaine et technologique.

LaurentJoyeux

Propos recueillis par Laurent Joyeux.

JANV 19 INT feel object Celine Cap Virtuoze WEBM Soigner : Pourquoi la déficience visuelle ?

Céline Favy–Huin : On nous demande souvent si nous sommes mal voyants, comme si il était nécessaire de l’être pour être sensibilisé à ce secteur. Nos recherches s’inscrivent dans des valeurs sociétales et d’égalité des chances. Nous avons travaillé avec « Cherchons pour voir », un laboratoire de recherche commun entre l'IRIT (Institut de recherche informatique de Toulouse) et l’Institut des jeunes aveugles de Toulouse. Avec ces partenaires, nous avons mis notre technologie de l’impression 3D innovante au service de l’autonomie. Le braille n’est lu couramment que par 15 % des personnes. Actuellement les personnes mal voyantes se guident avec une canne blanche et un chien, en apprenant leurs itinéraires avec un instructeur, par GPS ou en suivant les bandes de guidage au sol... des techniques qui assistent et qui sont très contraignantes.

M Soigner : Comment s’est faite la mise au point des prototypes ?

C. Favy–Huin : L’idée de développer Virtuoz est née en octobre 2016. Enedis a accepté de nous aider avec le soutien de sa mission nationale Diversité. Pendant le 1er semestre 2017, nous avons développé le concept, avec des salariés d’Enedis mal ou non-voyants et des chercheurs aveugles également. Chaque personne fonctionne de façon différente selon que son handicap est de naissance (1 personne sur 5) ou acquis. Fin mai 2017, le prototype était terminé.

M Soigner : Comment s’élabore un plan 3D ?

C. Favy–Huin : Sur place l'équipe de Feelobject effectue un repérage précis des escaliers, des portes, des rampes d’accès. Sur le plan équipé d’un boîtier électronique, chaque symbole en relief représente un repère naturel. La première approche, par le toucher, permet une image mentale claire de l’environnement. En appuyant sur les symboles, une voix précise la nature des lieux « 1 lavabo; 3 toilettes hommes ou femmes, etc. » Le plan n’est pas à l’échelle et ne mentionne que les informations utiles du type « le couloir fait 50 mètres, il y 5 portes ou encore le sol de l’espace détente passe du carrelage à la moquette »

M Soigner : Quels sont les retours des usagers ?

C. Favy–Huin : Très positifs ! Je pense à Nathalie qui est secrétaire de direction. Elle ne voyait pas l’utilité d’avoir le plan de son étage qu’elle connaît par cœur jusqu’à ce qu’elle réalise que tous ses déplacements se faisaient en étoile en partant des ascenseurs. Le plan lui a permis de comprendre sa spécialisation et d’aller directement là où elle doit se rendre. Autre exemple, pendant la semaine du handicap, il y a un an, une personne aveugle souffrant d’une maladie dégénérative a priori sceptique a pris le contrôle du plan des lieux en à peine quelques minutes. L’autonomie est vraiment renforcée et des épreuves comme aller aux toilettes dans des lieux inconnus deviennent des gestes simples.

Bien sûr il y aussi des retours moins positifs. Nous avons aussi entendu des réflexions du type « On a des déficients visuels chez nous, mais ils ne se plaignent pas ». Nous proposons aux personnes qui voient de se déplacer avec un masque et une canne blanche. Feelobject a été récompensée lors du 1er concours* start-up santé organisé par l'agence de développement économique de Nîmes Métropole, Openîmes qui a été dédié au thème de la vision en partenariat avec l'institut nîmois Aramav, une clinique spécialisée dans la réadaptation visuelle.

M Soigner : Quels débouchés pour votre plan ?

C. Favy–Huin : Virtuoz existe en mini, au format portable, et maxi, sous la forme d’une borne installée dans des lieux publics par exemple. Nous allons travailler avec l'institut Aramav pour tester de nouveaux produits aux technologies complexes. Il y a une grande marge de manœuvre car 1 million d’établissements reçoivent du public en France et on compte 1,7 million de déficients visuels ! Nous sommes les premiers à proposer ce système. Collectivités, sociétés, musées, hôpitaux.... les applications sont infinies et les résultats instantanés. Les personnes sont libres de choisir leur chemin et de se déplacer en totale autonomie.

 

 

par Laurent Joyeux