L’infarctus, 1ère cause de mortalité chez la femme

Beaucoup pensent encore que la première cause de mortalité des femmes en France est le cancer. C’est pourtant l’infarctus qui tient tristement la première place. Il est urgent d’en améliorer le dépistage et la prise en charge. La recherche est encore trop négligée. Sans elle, il sera difficile d’enrayer la première cause de décès des femmes.

Par Carole Ivaldi

Épidémiologie

Selon une étude de l’OMS, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès des femmes en Europe, tuant quatre fois plus que le cancer du sein. Autre fait inquiétant : le nombre d’infarctus du myocarde chez la femme jeune, c’est-à-dire non ménopausée, a augmenté de 25 % ces dix dernières années en France, alors même qu’on la pensait protégée par son statut hormonal. Pour Élisabeth Riboud, déléguée générale de la fondation Cœur et recherche, « l’infarctus du myocarde est un vrai problème de santé publique, encore méconnu du grand public ».

Repérer les signes

Pour réduire ce taux, il est avant tout urgent d’informer les femmes, leur entourage et les médecins. Car « il est non concevable pour les femmes jeunes de mourir d’un infarctus » ajoute le Pr Martine Gilard . Ni elles, ni leurs proches ne prendront au sérieux les signes symptomatiques.  Leurs prises en charge seront par conséquent moins efficaces. « Une douleur plutôt diffuse dans la poitrine, qui peut aller dans le bras, le dos, la mâchoire, associée à une grande angoisse doit être prise immédiatement au sérieux », insiste le Pr Gilard. Fatigue et nausées sont des signes associés. Le seul bon reflexe est d’appeler immédiatement le 15. 

Pr Martine Gilard

Pr Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest, et présidente
de la Société française de cardiologie.

Appeler le 15 immédiatement

« Immédiatement, appeler le 15, ne pas se dire que ça va passer. S’allonger car cela rend le travail du cœur plus facile. Ouvrir sa porte si on est seule pour ne pas retarder l’arrivée des secours », résume le Pr Gilard. « Plus vite on opérera l’artère, plus vite on sauvera le muscle, car toutes les cellules non oxygénées se détruiront si ce n’est pas fait avant. C’est une urgence vitale. Nous savons aujourd’hui qu’appeler son médecin généraliste correspondra à une perte de temps évaluée à environ une heure. Appeler son cardiologue sera une perte de deux heures. » Le Pr Gilard précise même : «  La femme a un retard de prise en charge notable, d’une demi-heure à une heure supérieure à l’homme. »

Prévention

Parmi les causes éventuelles de l’infarctus, le tabac. « Les jeunes femmes fument davantage que les garçons du même âge aujourd’hui » explique le Pr Martine Gilard. Et c’est une tendance relativement récente dont on ne mesure pas encore les conséquences.  La sédentarité et la surcharge pondérale constituent également des facteurs identifiés.

Après l’infarctus

Les femmes ont bien souvent peur de faire du sport après un infarctus, alors que bien au contraire il faut en faire. Il faut préférer la marche, la nage par exemple, aux sports violents. Adapter son régime alimentaire est également une nécessité. Enfin, il ne faut pas négliger une dépression qui peut s’installer. « Nous avons aussi observé que les  femmes suivent moins les soins de suite et de réadaptation que les hommes. Probablement parce qu’en plus de leur activité professionnelle, elles s’occupent de leur famille. Elles ne trouvent pas le temps. » signale le Pr Gilard.

Importance de la recherche

"Sans recherche, l’avenir des femmes est menacé."

La première cause de décès chez la femme étant l’infarctus,  la recherche dans ce domaine est incontournable. Et pourtant, peu de projets sont financés. La Société française de cardiologie lance aujourd’hui un appel. L’objectif est de récolter 150 000 euros pour financer le meilleur projet qui sera sélectionné par le conseil scientifique de la Fondation Cœur et Recherche. Sans recherche, l’avenir des femmes est menacé.


(1)    Pr. Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest, et présidente de la Société française de cardiologie.

 

par Carole Ivaldi