Le fou, son médecin et la société

La folie à l’épreuve du droit de l’Antiquité à nos jours.

alexandre lunel le fouRetracer l’histoire de la folie c’est convoquer le malade, le médecin, le magistrat et le prêtre pour leur faire jouer à chacun sa partie dans le contexte et avec les croyances de son époque. Alexandre Lumel refait ce parcours depuis l’Antiquité.

Maître de conférences à Paris 8, Alexandre Lunel est spécialisé dans l’histoire du droit de la santé. Il est aussi membre du centre de recherche de droit privé et droit de la santé (EA 1581) qui étudie tous les aspects liés au droit et à l’économie de la santé. Avec érudition, il retrace la façon dont le fou a été perçu et pris en charge par la société depuis l’Antiquité. Car, quelle que soit l’époque, la perte de la raison génère les mêmes interrogations : quel est le niveau de responsabilité du malade mental ? L’abolition de sa raison est-elle permanente ou intermittente ? Qui gérera ses biens ? L’internement est-il le seul moyen de protéger la société ? Qui assumera la charge des hôpitaux généraux, hospices, maisons de force, asile et autres hôpitaux psychiatriques ? Qui payera ? la famille, la commune, le département ?

Depuis toujours les pouvoirs judiciaires, impériaux, royaux, gouvernementaux ou préfectoraux luttent avec le médecin pour rester maîtres de l’internement. Depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, Alexandre Lumel suit le fil du temps et montre le chemin parcouru pour passer d’une psychiatrie qui enferme à une psychiatrie qui soigne. La perception de la folie et de ses causes est le double tourmenté de la progression de la pensée : attribuée au dérèglement des fluides et des humeurs, dans le monde romain, elle vient du péché originel dans l’Occident chrétien qui disserte sur les effets comparés de l’anima, l’âme spirituelle, et de l’animus, l’instinct animal, sur l’équilibre psychique.

Poids des religions

Longtemps, les magistrats écouteront d’avantage les théologiens que les rares médecins qui tenteront de remettre le sorcier dans le cadre de la pathologie et du signe clinique. Pour le jésuite Delrio, par exemple, « Si les médecins sont admis à donner leur avis, on ne brûlera plus personne ». De bûchers en lettres de cachet, les hôpitaux généraux se remplissent de fous enchainés, de libertins, de vagabonds et de prostituées. L’Article 64 du Code pénal de 1810 sur l’irresponsabilité pénale résume bien le débat entre magistrats et médecins « Quand on ne pourrait pas dire il est coupable, on dirait « il est fou »; et bientôt l’on verrait Charenton remplacer la Bastille ».

Le Fou, son médecin et la société, incarne la naissance et les évolutions de la médecine institutionnelle à travers une galerie de réformateurs où l’on croise Johann Wier qui s’est battu au XVIe siècle contre les procès en sorcellerie, Philippe Pinel le médecin-philosophe des Lumières, Esquirol qui inspirera la loi de 1838 ou le Dr Toulouse qui ouvrira les portes des hôpitaux et créera les services libres et les consultations d’hygiène mentale.

De la loi fondamentale de 1838 aux derniers ajustements de la loi Évin de 1990, et de la loi Kouchner de 2002 qui institue la démocratie sanitaire, à la loi de 2011 qui instaure le contrôle des hospitalisations « complètes » par le juge judiciaire, on suit le travail d’Alexandre Lunel, depuis les prémices d’une spécialité, la psychiatrie, et son évolution vers toujours plus d’émancipation pour les patients.

Le Fou, son médecin et la société - LEH Édition

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par Laurent Joyeux