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Médecins généralistes : comment bien prendre en charge les patients atteints du VIH ?

La Haute autorité de santé (HAS) a publié un guide à destination des médecins généralistes, à la demande des associations qui souhaitent améliorer la prise en charge, au long cours, des patients atteints du VIH. La pathologie du VIH a évolué vers une maladie chronique, dont le rythme du suivi est aujourd’hui ponctué par un bilan annuel qui doit être réalisé à l’hôpital. Aujourd’hui, il est plus difficile de réaliser ce bilan sur l’ensemble du suivi du patient VIH qui n’est plus uniquement sur la partie infectieuse mais qui couvre des comorbidités tout à fait en lien avec la médecine générale. D’où l’importance, pour la HAS, de construire un guide pour aider les généralistes à être plus présents dans cette prise en charge.

Lien vers le guide : https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2876774/fr/vih-consultation-de-suivi-en-medecine-generale-des-personnes-sous-traitement-antiretroviral

 


1/ Quelles difficultés ont été identifiées dans la prise en charge des patients VIH ?

2/ Comment le guide de la HAS répond-t-il à ces difficultés ?

3/ Quels doivent être les points de vigilance des médecins lorsqu’ils prennent en charge ces patients ?

4/ Quels rapports les généralistes doivent entretenir avec les hospitaliers ?

Quelles difficultés ont été identifiées dans la prise en charge des patients VIH ?


Plus que des difficultés dans la prise en charge de ces patients, ce qui a été observé, c’est finalement un changement dans la modalité de prise en charge. Historiquement, le VIH a été une pathologie qui a été prise en charge exclusivement pratiquement par les hospitaliers et les infectiologues. Mais cette maladie aujourd’hui, encore une fois, est une maladie chronique, les patients ont une espérance de vie quasi équivalente aux patients en population générale et aujourd’hui, le suivi qui était purement hospitalier peut s’espacer et doit d’ailleurs faire une place plus importante à la médecine générale. Car si au départ, c’était centré sur la partie infectieuse, aujourd’hui, on va le revoir, ces patients vieillissent, présentent des co-morbités notamment liées au vieillissement, qui entrent entièrement dans le champ de la médecine générale. D’où l’importance de construire un suivi coordonné et partagé entre l’hôpital et la ville pour ces patients.

Comment le guide de la HAS répond-t-il à ces difficultés ?

Aujourd’hui, le guide de la HAS répond aux difficultés qu’ont éprouvé les médecins généralistes à trouver leur place historiquement dans le suivi de ces patients VIH. Tout simplement parce qu’en moyenne les médecins généralistes ont entre trois et quatre patients atteints de VIH dans leur patientèle et qu’il était difficile d’avoir un rôle aussi pointu que celui des infectiologues et ils ont mis du temps à trouver concrètement leur place dans ce suivi, qui très honnêtement, même avec les patients, est un suivi singulier historique très fort avec les infectiologues.
Aujourd’hui, ce guide permet aux généralistes d’avoir des repères pour mieux pouvoir prendre en charge ses patients dans le cadre de son exercice de médecine générale et sans avoir à devenir un expert du VIH en tant que tel. C’est comme cela qu’il a été construit, afin vraiment, que ce suivi puisse s’appuyer sur les experts à l’hôpital, mais sans toutefois avoir la charge de les remplacer, ce qui a peut être été au départ une ambition, ce qui n’a d’ailleurs jamais complètement fonctionné.

Quels doivent être les points de vigilance des médecins lorsqu’ils prennent en charge ces patients ?

Nous avons construit ce guide en suivant le déroulé d’une consultation générale, et en essayant de donner aux médecins généralistes des repères parce qu’effectivement, il ne s’agit pas de faire autre chose que son métier de médecin généraliste, mais en lui mettant en avant des points plus spécifiques parce que les patients porteurs de VIH présentent des sur-risques ou des fréquences de pathologies parfois plus élevées que dans la population en générale. Notamment, si les traitements se sont améliorés et qu’aujourd’hui, nous n’avons plus des réels déclins cognitifs liés à la maladie, nous avons des patients qui sont encore fragiles sur cet aspect. Il est important chez des patients qui vieillissent d’évaluer l’état cognitif, mais aussi le retentissement notamment sur des syndromes dépressifs qui sont à prendre en charge.

Quels rapports les généralistes doivent entretenir avec les hospitaliers ?

Naturellement, l’enjeu de la prise en charge, c’est la coordination avec un patient qui doit aussi être partie prenante : informé, d’accord pour cette prise en charge partagée entre la ville et l’hôpital. Je pense qu’on ne peut pas forcer les choses, mais il est évident, et à l’évidence, les professionnels de l’hôpital doivent tenir informé le médecin généraliste de ce qui a été fait dans ce bilan annuel, et évidemment en miroir, le généraliste qui continuera, complétera le bilan, et s’il y a d’autres éléments en lien avec sa pratique de médecine générale, doit en informer le patient mais aussi le correspondant à l’hôpital.

par Laure Martin