(c) Burger /Phanie

Maternités et néonatologie en quête de pratiques bientraitantes

Des maternités renforcent les pratiques bienveillantes et l'allaitement naturel avec le nouveau label IHAB

 La France compte désormais 38 maternités publiques et privées ayant réussi à obtenir le label d’excellence IHAB (Initiative Hôpital Ami des Bébés), ce qui représente 7% des naissances. Ce label certifie des pratiques de qualité, de sécurité, de bienveillance et de bientraitance autour de la naissanc

par Carole Ivaldi.

Le programme IHAB, lancé par l’OMS et l’Unicef en 1992, est destiné aux personnels de santé des services de maternité et de néonatologie publics et privés. Il est parti du constat scientifique de l’influence de l’allaitement maternel sur la santé du nouveau-né ainsi que de l’influence clé de l’engagement des parents dans les premiers mois du bébé sur le développement de son cerveau. En France, ce label se développe depuis 2000.

Pour obtenir le label, l’ensemble du personnel doit s’être formé en suivant une philosophie du soin basé sur trois grands principes et douze recommandations. En Europe, 36 % des naissances de déroulent dans des établissements labellisés IHAB. En France, c’est le cas d’une naissance sur 6. Le nord et l’ouest du pays regroupent le plus d’établissements labellisés IHAB. En décembre 2018, 4 nouveaux services obtiennent le label.

Comment recevoir le label IHAB ?

Grands principes

L’ensemble de l’équipe doit être centrée sur les besoins de la mère et du nouveau-né en mettant tout en œuvre pour une prise de décision éclairée respectant les valeurs et les projets de chaque famille. Le service doit comprendre le comportement du nouveau-né en respectant son sommeil, en tenant compte de sa disponibilité avant et pendant tous les soins, tout en amenant ses parents à faire de même.

  • Le service doit amener les parents à prendre leur place dès la naissance de leur enfant (participation des parents à tous les soins, accueil des pères jour et nuit, écoute individualisée des professionnels).
  • Le service doit travailler dans la cohérence entre les équipes du même établissement, et en réseau en pré, péri et post natal. Cela implique la collaboration de tous les professionnels à chaque étape.

Douze recommandations

  • L’établissement doit adopter une politique d’accueil et d’accompagnement des nouveau-nés et de leur famille visible et compréhensible pour tous.
  • L’ensemble du personnel doit avoir reçu la formation nécessaire pour mettre cette politique en œuvre.
  • Toutes les femmes enceintes doivent être informées des avantages de l’allaitement au sein et de sa pratique.
  • Placer le nouveau-né en peau à peau avec sa mère immédiatement à la naissance.
  • Apprendre aux mères comment mettre en route l’allaitement au sein et entretenir la lactation. Pour celles qui n’allaitent pas, leur donner des informations adaptées sur l’alimentation.
  • Privilégier l’allaitement maternel exclusif en ne donnant aucune autre boisson autre que le lait maternel, sauf indication médicale.
  • Laisser le nouveau-né 24 heures sur 24 avec sa mère en favorisant la proximité de la mère et du bébé.
  • Encourager l’alimentation « à la demande » de l’enfant.
  • Pour les bébés allaités, réserver les biberons et les tétines aux situations particulières.
  • Travailler en réseau en identifiant tous les partenaires libéraux afin que les mères soient suivies dès leur sortie de l’établissement.
  • Protéger les familles des pressions commerciales.
  • Adopter pendant l’accouchement des pratiques favorisant le lien mère-enfant et un bon démarrage de l’allaitement.

Point de label sans formation

La formation est la démarche incontournable pour obtenir le label. Le Dr Anne-Claire Jambon, gynécologue obstétricien au CH de Tourcoing explique la règle : 100 % du personnel de maternité et de néonatologie doit être formé dans les six mois suivant leur arrivée. « Les formations sont réitérées car certains partent, d’autres arrivent. Ce sont des programmes de formation sur trois jours. On a au moins un cycle de formation par an, très souvent deux ou trois. Nous avons aussi des petites formations accélérées pour les externes qui ne sont en stage que six semaines, et des formations plus étoffées pour les internes présents dans nos services six mois. Toutes ces formations continues coûtent. C’est la raison pour laquelle toutes les maternités qui ont obtenu le label ont remercié la direction et les ressources humaines car sans leur soutien, le budget que représente ces formations n’aurait pas été accepté. »

Une fois le label obtenu, les équipes de maternité et de néonatologie doivent maintenir des efforts constants pour revalider la labellisation tous les quatre ans.

 

Le Dr Valérie Denoit, gynécologue obstétricien à la maternité Saint Vincent de Paul à Lille, ajoute que le personnel formé de la maternité peut à son tour les former les nouveaux arrivants, ce qui représente néanmoins un gros investissement des personnels en place. « A l’heure des économies et des réductions de personnel, on ne nous paye pas forcément les formations que l’on demande. Il faut trouver un système où l’on se forme entre collègues. Chez nous, ça fonctionne très bien car cela tisse du lien et fait travailler sereinement l’équipe ensemble. A l’heure du plan de restructuration, avec à la clé des restriction de postes, cela sera d’autant plus remarquable de parvenir à conserver ce label ».

Le Dr Sylvaine Rousseau, pédiatre au CH de Roubaix, poursuit : « nous mettre au niveau demandé par le label IHAB a pris du temps. Nous avons obtenu notre première labellisation au bout de deux ans, en 2009. Les formations sont payantes, du moins au début. Pour y parvenir, nous avons ensuite formé des professionnels référents et avons dispensé les formations en interne. Il faut absolument que tous les maillons de la chaîne soient formés : de la secrétaire médicale jusqu’aux gynécologues obstétriciens, en passant les par puéricultrices, les sages femmes, les pédiatres etc. Enfin, assurer une cohérence du travail des soignants libéraux présents en pré et post natal a aussi pris du temps . Nous y sommes parvenus grâce à l’ouverture de nos formations aux soignants exerçant en libéral. »

Rien n’est acquis, il faut toujours se questionner et être tenace.

Une fois le label obtenu, les équipes de maternité et de néonatologie doivent maintenir des efforts constants pour revalider la labellisation tous les 4 ans. La clinique Saint George à Nice en témoigne : « Nous avons eu le label en 2014. Cela n’a pas été facile de le réobtenir en 2018 en raison de conditions économiques difficiles qui ont entraîné une réelle diminution du personnel dans notre établissement. ». Même discours pour la maternité du CH Ancenis qui déclare qu’après dix ans de label IHAB, « rien n’est acquis, il faut toujours se questionner et être tenace. Les visites annuelles par des membres de l’association IHAB sont en cela très importantes ».

Avancées liées au label

Au CH de Roubaix comme au CH de Tourcoing, la demande du label IHAB a été l’aboutissement d’un questionnement sur les plus ou moins bonnes pratiques des différents services de maternité et de néonatologie. C’est souvent parce que l’équipe constate une certaine insuffisance dans la prise en charge des patients qu’elle s’interroge sur la conduite à tenir pour y remédier.

Le Dr Sylvaine Rousseau se souvient qu’en 2007, son équipe a noté qu’il existait un défaut de cohérence dans l’accompagnement des parents sur la question de l’allaitement maternel. Ce constat fut vérifié par des questionnaires donnés au personnel soignant ainsi qu’aux familles. « Personne ne tenait le même discours, ce qui rendait les femmes confuses. Notre volonté de tous suivre une formation de qualité, validée scientifiquement, afin d’accompagner de manière cohérente les femmes qui souhaitaient allaiter est partie de là. Nous nous sommes naturellement tournés vers le label IHAB. Il était, à cette époque, assez centré sur l’allaitement maternel. Parmi les autres critères du label, le peau à peau à la naissance est devenu chez nous le pivot central des informations prénatales données aux parents pour un choix éclairé. Les bénéfices de cette pratique sont immenses : attachement, température correcte du bébé, la mise en route de l’alimentation au réveil du bébé etc.»

De son côté, le Dr Anne-Claire Jambon, évoque le « malaise » ayant mené à l’initiative hôpital ami des bébés : « nous avons commencé à nous poser des questions sur notre façon de prendre en charge les bébés car parfois, nous n’étions pas si fiers de nous. Il fallait réagir en se formant pour faire mieux. Il y eu des réticences. Mais le fait que l’on soit tous formé a créé énormément de cohésion intra-équipe. Le gynécologue discute avec l’auxiliaire de puériculture, est davantage en relation avec les pédiatres, et intègre les anesthésistes à cette dynamique. On se rend compte qu’on travaille beaucoup plus en accord avec nous-mêmes. Globalement, cela augmente la fierté que l’on a de travailler dans cette maternité, ainsi que le sentiment d’appartenance à une équipe, car on a l’intime conviction que l’on a amélioré la qualité de nos gestes. Les parents sont contents, et nous aussi ! »

Le Dr Valérie Denoit, se remémore : « notre engagement dans ce label a créé une dynamique d’équipe entre les sages-femmes, les gynécologues, les pédiatres et les puéricultrices. Globalement, nous avons eu la chance de travailler dans une bonne entente, et un bon esprit. Il y a quand même eu des difficultés avec les anesthésistes et les médecins d’une génération plus ancienne, qui ont eu un peu plus de mal à modifier leurs pratiques. Cependant, à force de dialogues et d’échanges, nous avons réussi à les faire évoluer. Finalement, tout le monde, toute génération et toute profession confondue, se rend bien compte que la satisfaction des familles est là. C’est le meilleur signe que notre nouveau système fonctionne bien. Des patientes qui avaient déjà accouché chez nous avant que nous ayons le label nous ont félicité, car elles ont bien vu que nous avions amélioré les choses. C’est une démarche qui est parfois difficile à mettre en place : il y a des clashs, des personnes peu favorables. Cependant, grâce au très grand nombre de retours positifs des familles, tout le personnel se rend compte que cette façon de travailler est très bénéfique. Et puis nous en tirons aussi un bénéfice dans nos pratiques ».


Notes :

(1) https://amis-des-bebes.fr/

(2) https://amis-des-bebes.fr/pdf/se-former/FORM-IHAB-PROFESSIONNELS_sept-2016.pdf

 

par Carole Ivaldi