Education thérapeutique du patient bipolaire et santé mobile

La Fondation Fondamental, un réseau de coopération scientifique en santé mentale, organise des cycles de conférences à l’hôpital Chenevier de Créteil au sein du pôle psychiatrie. Cette année, la thématique porte sur la psychiatrie numérique, « outils connectés et maladies mentales ». Le Dr Ludovic Samalin, médecin psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand est venu présenter, le 16 mai, l’éducation thérapeutique des patients (ETP) sur Smartphone dans le cadre des troubles bipolaires.

La psycho-éducation, qui peut se définir comme une intervention didactique et psychothérapeutique visant à informer les patients et leurs proches sur le trouble psychiatrique et à promouvoir les capacités pour y faire face, « a montré son intérêt pour les patients atteints de troubles bipolaires, a expliqué le Dr Ludovic Samalin. Elle permet une prise de conscience autour de la maladie, l’hygiène et le rythme de vie, l’observance, la prévention des risques ou encore l’identification précoce des signes d’alerte. » Néanmoins, des limites sont également à pointer du doigt. Le déséquilibre entre le besoin et l’accessibilité à l’ETP est réel. « Seuls 44 groupes d’ETP sont labélisés par les Agences régionales de santé (ARS) sur l’ensemble du territoire national pour les patients atteints de troubles bipolaires, ce qui reste insuffisant », a estimé le médecin. Autres limites : les professionnels doivent être formés mais les moyens ne sont pas toujours disponibles, peu d’établissements proposent l'accés à des professionnels en psycho-éducation, généralement les séances sont limitées à une période de temps, et l’adaptation de ce type d’interventions à chaque individu est parfois difficile. « Rendre ces interventions plus accessibles est un réel besoin », a soutenu le Dr Samalin.

Un développement en demi-teinte

Dans ce contexte et avec l'expansion de l’accessibilité à Internet, les interventions de psycho-éducation sur smartphone se sont développées, c’est le mobile based intervention. Quatre grands domaines d’intervention sont identifiéspour les patients aux patients : l’auto-évaluation, la gestion des symptômes, la gestion des traitements et la recherche d’informations par rapport à la maladie. « Ce type d’outil présente un réel intérêt en termes d’accessibilité, de disponibilité, de simplicité, d’économies et de diversité des domaines d’utilisation concernés », a fait savoir le Dr Samalin.

"Les objets connectés sont encore faiblement intégrés dans la pratique médicale. Le manque de confiance dans le numérique est réel"

Mais une fois encore, des freins ont également été identifiés auprès des patients comme des professionnels de santé. Les objets connectés sont encore faiblement intégrés dans la pratique médicale. Le manque de confiance dans le numérique est réel tout comme le clivage générationnel, l’absence de preuve de l’efficacité des applications et l’absence de cadre légal.

Le projet SIMPLe

L’application SIMPLe a été déployée dans un premier temps en Espagne avant d’être développé pour la France. « L’objectif de cette application est de faciliter le self management de la maladie et d’améliorer son évolution par un programme de psychoéducation personnalisé », a expliqué le Dr Samalin, qui développe le projet en France. Dans le même temps, l’application doit répondre à des contraintes : son utilisation doit être simple, adaptée au quotidien, non-stigmatisante, discrète, non invasive, assez sensible pour détecter les modifications de l’humeur voire les situations d’alerte, délivrer des messages de psychoéducation adapté, sécurisé et fournir des données cliniques utiles en pratique.

"L'application SIMPLe permet de configurer un carnet de bord de l’humeur du patient."

Cette application propose aux utilisateurs des tests quotidiens concernant leur humeur, leur niveau d’irritabilité, la qualité de leur sommeil, permettant ainsi de configurer un carnet de bord de l’humeur du patient. « Les tests hebdomadaires peuvent être rapprochés si l’agenda de l’humeur est préoccupant », a fait savoir le médecin. Puis, quotidiennement, l’utilisateur reçoit, via une alerte, des messages psycho-éducatifs clef. « Lorsqu’il se connecte, l’utilisateur doit également renseigner l’email d’une personne référente afin de pouvoir envoyer une alerte à cette personne en cas de besoin notamment en cas de risque suicidaire. » Et de conclure : « Avec cette application, notre objectif est de rendre accessible à grande échelle des programmes de psycho-éducation sur smartphone, et faciliter l’accès à l’EPT ainsi que l’acceptabilité et la satisfaction de l’utilisateur, a conclu le médecin. L’efficacité doit cependant encore être démontrée. » 

L'essentiel
Troubles bipolaires et E-santé = 4 grands domaines d'intervention pour le patient :
– l’auto-évaluation
– la gestion des symptômes
– la gestion des traitements
– la recherche d’informations par rapport à la maladie.

par Laure Martin