#20 Un peu de recul

Ainsi se déroula mon séjour en Argentine : le cœur épris et pris entre la médecine, le dessin et le tango argentin.

Un jour, Ricardo passa me prendre et nous filâmes au congrès international de neurochirurgie de Pinamar. La tête dans le bleu du ciel, nous traversâmes la pampa à vive allure. Fendant d’immenses étendues d’herbes dorées par le soleil, nous croisâmes des hordes de chevaux et des nuées d’oiseaux sauvages qui exigèrent de nous une révérence à leur passage.

Arrivés à bon port, Ricardo me déposa à mon hôtel et il s’en fut organiser le congrès qui commençait dès le lendemain. Il avait tout prévu. Quant à moi, je rejoignis une immense plage de sable blanc au pas de course et poursuivis, les pieds dans l’eau, l’exploration des lieux. Une fois réchauffée par mon footing, je me jetai dans des vagues indomptables qui eurent vite fait de me renvoyer dans mes quartiers, hors de l’eau.

Les cheveux ébouriffés, je m’assis sur la plage et me mis à songer à ma collègue Karine qui préparait sans doute à cet instant précis le concours de l’internat, de l’autre côté de l’océan. « Un jour, on ouvrira un cabinet de médecine générale ensemble», m’avait-elle dit lorsque nous étions en première année de médecine. Puis elle opta finalement pour une option plus prestigieuse, se spécialiser. Quant à moi, je voulais prendre mon temps avant de me décider. Et nos chemins se séparèrent.

EP 20 1

 Je repensai aux remarques que l’on m’avait faites avant mon départ : 

- Un break ? Quelle idée ! Ça n’est pas le moment, juste avant le concours de l’internat
- Si tu pars, tu ne reprendras jamais médecine.
- Tu vas tout oublier et tu rateras ton concours à ton retour à cause du retard pris.

Ou encore : - Un projet de BD ? C’est drôlement ambitieux pour quelqu’un qui n’y connaît rien en dessin ni à la médecine...

EP 20 2 

- Au diable le concours de l’internat et les bâtons dans les roues ! Pensai-je. Quelle chance ai-je d’être là, à prendre du recul en respirant l’air du grand large.

Je me remémorai le seul conseil qui me fût utile ces dernières années, celui d’un neurochirurgien émérite rencontré en première année de médecine : « Si je n’ai qu’un seul conseil à vous donner, Mademoiselle, c’est de faire ce que vous avez envie de faire ». C’était ce même neurochirurgien qui m’avait mis en contact avec ses confrères argentins et qui faisait que j’étais là aujourd’hui.

Je pressentais que ce que mes collègues appelaient une perte de temps était plutôt pour moi un tremplin vers l’infini des possibles. Ce voyage m’éclairait sur mes choix de vie personnels et professionnels, et la séparation arbitraire entre ces deux mondes était en train de s’effondrer. Ainsi naissait l’espoir d'une belle carrière médicale.

EP 20 3 

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