#15 La pharmacienne et les mots magiques

Quelques semaines après avoir déposé un dossier de candidature à la "Bourse Défi jeunes", j’étais convoquée pour défendre mon projet de bande dessinée sur le milieu médical argentin. En pleine période d’examens, assommée par les révisions et les stages hospitaliers, je me rendis à la convocation d’un pas mal assuré.

En chemin, je m’arrêtai à la pharmacie pour acheter quelques remèdes, au lieu de quoi la pharmacienne me fit un renforcement positif très efficace : « Imaginez que vous êtes comédienne, que vous jouez un rôle et répétez après moi : je suis étudiante en médecine… je vais jusqu’au bout de ce que j’entreprends… je n’ai peur de rien… je dessine depuis longtemps… mon projet de BD est essentiel pour améliorer la qualité des soins… mes pairs cautionnent ce projet ».

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Je repartis rassérénée, prête à conquérir le monde et chantant à tue-tête mon texte.

Dans la salle, nous étions une trentaine de candidats. Tous avaient monté des projets collectifs et moi, j’étais seule. J’avais bien proposé à quelques amis de participer à l’aventure mais tous avaient quitté le navire avant même qu’il ne soit à flot. Alors entre « ne rien faire à plusieurs » ou « partir en solo », il avait fallu trancher.
Comme je ne parlais pas un mot d’espagnol, j’avais appris par cœur un poème de Pablo Neruda. J’avais bien conscience que je ne ferais pas illusion longtemps, si la question devait être abordée mais là où j’en étais, il fallait tenter le tout pour le tout.

Lorsque vint mon tour de passer devant le jury, j’étais encore tout imprégnée de l’énergie débordante de la pharmacienne. « oui, j’irai seule en Argentine…oui, j’avais créé le personnage qui serait le héros principal de la BD… Oui, mes pairs me faisaient confiance ».

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Et emportée par ce merveilleux rôle décroché à la pharmacie, je répondais aux questions avec entrain en oubliant les quelques « non » hors du script et qui auraient pu compromettre mon projet : « Parlez-vous espagnol ? »

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Contre toute attente, je reçus le prix coup de cœur pour mon projet. Grâce à la pharmacienne qui avait pipé les dés, je partirais dans quelques mois pour découvrir l’univers hospitalier argentin et restituer l’expérience sous forme de BD.

* C'est le matin plein de tempête
au cœur de l'été.
Mouchoirs blancs de l'adieu, les nuages voltigent,
et le vent les secoue de ses mains voyageuses.

Pablo Neruda

 

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