#13 Étudier la médecine en Suède

Après une parenthèse sur le May boat, j’ai retrouvé ma chambre universitaire, mes colocataires et nos repas communs. Je me suis procuré un vélo pour arpenter la ville de long en large et en travers, et me rendre à l’université.

L’enseignement de la médecine était dispensé en petits groupes, dans des locaux tout neufs et l’application des connaissances se faisait dans la foulée, au lit du patient. Si bien que les étudiants devenaient autonomes très rapidement. Ici, pas question de compenser d’une manière ou d’une autre le manque de personnel de l’hôpital : les étudiants étaient là pour apprendre.

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Contrairement à nous, petits Français immatures qui sortions tout juste du baccalauréat, les étudiants suédois avaient été sélectionnés pour leur parcours atypique. Ils avaient eu une vie avant la médecine, si bien qu’ils étaient confiants et savaient pourquoi ils étaient là.

Ils avaient du pouvoir d’achat : ils s’offraient des cafés à la pause, des boissons alcoolisées haut de gamme et des sorties les weekend. Mais la plupart avaient emprunté pour financer leurs études et tôt ou tard, il faudrait rembourser.

Pour les étudiants étrangers et quelques Suédois volontaires, les cours étaient en anglais. Les autres Suédois, on ne les voyait jamais. Exception faite des week-ends où le calme olympien qui régnait dans la ville laissait soudainement place à l’orgie. Tout à coup, l’alcool coulait à flot, les filles timides allaient traquer les garçons et on retrouvait les étudiants les plus sérieux ivres morts dans les bouches de métro.

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Pourtant, le lundi matin à l’université, il n’en restait aucune trace. Personne n’évoquait le weekend. Les étudiants étaient redevenus si sérieux, que je me demandais si je n’avais pas rêvé. Et puis le weekend suivant arrivait et le même scénario reprenait.

Un soir par semaine, je prenais des cours de Suédois. Bien qu’originaires de pays différents, les étudiants se rassemblaient à des endroits insoupçonnés : ils appartenaient à la gente masculine, avaient rencontré une jolie blonde un week-end, allaient bientôt devenir papa ; ils ne rentreraient pas de si tôt dans leur pays d’origine et semblaient s’y résigner.

D’autres soirs, j’allais danser le tango dans des milongas ou les danses traditionnelles suédoises à la maison du Folklore. Je traversais alors la ville à vélo et me laissais imprégner par ces paysages étranges de mer gelée et d’oiseaux qui patinaient de nuit. Le langage du corps à ce quelque chose d’universel qui compensait mon isolement linguistique.

Les jours passaient et je rêvais toujours autant de naviguer. Les clubs de voile étaient quasi inexistants et inaccessibles financièrement. Pour cause,les Suédois possédaient déjà tous un voilier. Mon ami Erik, quant à lui, rêvait de se trouver une copine. Alors dans notre pacte d’amitié, on se promit de s’entraider et on signa un contrat de rêves. De mon côté, je lui donnais des cours de séduction jusqu’à ce qu’il trouve une copine et lui m’offrit une après midi en dériveur pour mon anniversaire. On célébra nos succès au champagne.

Ainsi passa l’hiver avec ses nuits insondables, ses saunas réconfortants et ses lacs gelés, le printemps et ses voiliers sillonnant la ville, l’été et ses baignades sur les îles du centre ville...

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À la fois charmée par la beauté d’une nature omniprésente, séduite par l’efficacité d’un système éducatif ultraperformant mais aussi frustrée par la violence des non-dits, la peur de la confrontation, les sourires sans fond, et l’inaccessibilité de ces magnifiques voiliers sillonnant la ville, je restais sur ma faim...

 

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