#18 L’Argentine ou la rencontre entre l’art et la médecine

À mon arrivée à l’aéroport de Buenos-Aires, je tombai sur un jeune homme fiévreux portant au-dessus de sa tête une pancarte avec mon nom. C’était Ignacio. Il avait la crève et son intervention chirurgicale avait dû être repoussée.

Je me réjouis de sa présence et indirectement de son rhume : ma blouse blanche ne m’avait jamais protégée des paradoxes et j’en fis l’expérience une fois de plus.

Bien que doublement malade, il prit soin de moi et me fit partager ses univers. Je rencontrai sa mère, sa sœur et dans ce cadre douillet, je construisis en une semaine les grandes lignes de mon séjour :

J’emménageai dans 20m2 avec Martina, musicothérapeute ; démarrai un stage en neurochirurgie comme aide-opératoire avec Ricardo ; et m’inscrivis à l’académie de tango à des cours mélangeant les futurs professeurs de tango argentin et des patients atteints de maladies neurologiques et psychiatriques.

La médecine était partout dans mon nouveau quotidien, sous forme de petites tâches colorées.

Avec Martina, je découvris l’omniprésence de l’art dans les hôpitaux argentins sous forme de concerts improvisés, de cours de peinture pour aveugles et d’ateliers de musique. Ici, nul besoin de prouver par la science que l’art était bénéfique aux patients.

Argentine 1

À l’académie de tango, la danse était utilisée comme moyen de contention psychologique pour les patients atteints de maladies psychiatriques et comme outil de rééducation pour les patients porteur de maladies neurologiques. Autour d’une calebasse de maté qui circulait de main en main, nous nous réchauffions tant bien que mal dans la cour d’un petit local où nous apprenions à danser le tango.

Argentine 2

Sans avoir signé de convention de stage ni rempli aucune formalité administrative, je me retrouvai du jour au lendemain à trépaner des crânes sous la coupe bienveillante de Ricardo qui me transmit son savoir.

Argentine 3

En Argentine, les gens semblaient joyeux et je me demandais si leur rapport au corps y était pour quelque chose. Il y avait toujours quelqu’un pour vous prendre dans ses bras, si bien que sans parler un mot d’espagnol, je ne m’y sentais jamais seule.

L’Argentine réconciliait la médecine et l’art, le corps et l’esprit, les patients et leurs thérapeutes, et se présentait à moi comme le pays de tous les possibles.

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